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spéculation

Spéculer est coextensif à toute intelligence engagée dans l’établissement des données matérielles et des actes qui leur sont le plus adaptés. Les données sont vécues, reconnues comme telles en « tablant », à mesure de leur enregistrement, sur leur reproductibilité (constitutive du sentiment de leur durée et de celui qu’elle sont), et donc en vérifiant continuellement leur existence et l’usage qui est habituellement fait de leurs propriétés. Cet usage lui-même spécule sur cette vérification, il expériencie les conditions dans lesquelles elles apparaissent comme « données » - étant données.
Ainsi se constituent, génèrent, d’une manière toute spontanée, des manières de faire ou usages (institués pour durer, spéculant sur leur durée : toute économie, morale ou politique, commence par là !). Le terme de spéculation semble exagéré lorsqu’une expérience (l’expérience d’un certain usage ou ensemble d’usages) s’étend sur des milliers d’années. Tout usage n’en constitue pas moins un choix qui parie sur son succès, sa capacité d’être recommencée avec des effets positifs, et donc sa durée.
Intelligérer, spéculer, expériencier, sont synonymes et s’appliquent à la recherche de nourriture, d’abri, de solidarité, d’aide machinique - et d’argent ! L’usage de l’argent, réservé aux usagers du genre humain (comme celui du soin des morts), applique la spéculation monétaire à tous les étages et recoins du milieu particulier qu’il nous a créé.
Cette application est d’une facilité redoutable, toute chose pouvant être achetée si on en a les moyens. Chacun sait que si l’argent ne fait pas le bonheur, il y contribue, comme il contribue à l’éducation et au crime. Les usages sont « vus » au filtre des dépenses monétaires qu’ils impliquent pour les créer ou les entretenir. Nous en sommes au point où aucune qualité ou capacité ne peut être connue ou reconnue si elle n’entre pas dans un calcul monétaire. « La pureté de l’eau » est restée de l’ordre des mondanités jusqu’à ce qu’elle se vende. La capacité des abeilles à féconder les fleurs n’est reconnue que depuis qu’elles sont menacées et qu’il va falloir effectuer leur polinisation à grands frais. Toute activité est contrainte par l’argent et ne trouve sa solution qu’en rapport avec son usage (ce qui revient à éponger les méfaits de l’alcoolisme l’alcool). Le discours de la gratuité, du don, qui s’y oppose avec force, est déterminé par cela même à quoi il s’oppose et n’en est donc actuellement encore qu’un sous-produit.